Commentaires de Jean-Louis BIGET

Paradis en Cathédrale

À la fin de la première décennie du XVI e siècle, Louis II d’Amboise, évêque d’Albi, recrute pour orner sa cathédrale un atelier de peintres italiens venus de l’Émilie. Ils travaillent de 1509 à 1513 et font de Sainte-Cécile la plus grande église peinte de la chrétienté latine, y déployant le programme pictural le plus ample et le plus précoce réalisé en France à la Renaissance.

Pour leur part, les voûtes couvrent environ 1900 mètres carrés. Elles se présentent comme une ouverture sur le Ciel divin, le Paradis, les félicités mystiques de l’Église triomphante. Elles composent également un miroir de la doctrine catholique, un catéchisme en images, qui inscrit le temps sur fond d’éternité.

Elles évoquent « ce que l’oeil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, […] tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui L’aiment » (Saint Paul, I Corinthiens, 2, 9). La veine légère et colorée du Quattrocento a permis aux peintres d’exprimer par des signes concrets les fulgurances situées au-delà du sensible. Ils ont figuré le Royaume céleste non comme un lieu corporel de délices et de beauté, mais comme un état plus spirituel que matériel, l’union glorieuse de Dieu et des élus. Une foule d’anges musiciens fait entendre les hymnes éclatantes dont retentit le Ciel.

Un long cortège d’élus, patriarches, prophètes et saints rappelle les étapes de l’histoire du salut à travers l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. Quatre grandes scènes figurées montrent que cette histoire converge vers le Second avènement du Christ, à la fin des temps, par la médiation de l’Église et de ses pasteurs. Des détails précisent les voies de l’élection : l’enseignement des clercs, la pratique des vertus et des sacrements, l’accomplissement des cérémonies liturgiques.

Une certaine fantaisie intervient dans ce programme, sans nuire à sa cohérence. Les artistes émiliens se sont délectés à varier les attitudes des personnages et les architectures, n’hésitant pas à emprunter un certain nombre d’éléments au répertoire du grotesque. Cette jubilation créatrice s’accorde magnifiquement avec le thème qu’ils avaient à traiter ; le flamboiement des ors, les grands aplats d’azur et la polyphonie des couleurs abolissent les frontières entre la terre et le Ciel, révélant la Jérusalem céleste, exaltant la fonction médiatrice de la cathédrale et du service divin qui s’y trouve célébré chaque jour. On peut affirmer que l’adéquation parfaite entre le projet et sa réalisation constitue l’ensemble des voûtes de la cathédrale Sainte-Cécile en chef-d’œuvre absolu de la peinture monumentale.

Vous pouvez zoomer/dezoomer dans les voûtes de la cathédrale Sainte Cécile à l'aide du curseur
qui se trouve en dessous de l'image. La durée d'affichage varie selon votre débit de connexion.